Le peintre

Emmanuel Billon


Emmanuel Billon peint depuis l'adolescence. Le geste lui est venu tôt, vers seize ans, et ne l'a plus quitté : des décennies durant lesquelles la peinture est devenue une manière d'habiter le monde et de le regarder lentement. Après des années passées en région parisienne, il a fait de Barjols, au cœur de la Provence verte, son atelier et son motif. C'est là, entre Correns, Saint-Maximin et les collines du Var, qu'il puise l'essentiel de son œuvre.

Sa peinture est celle d'un contemplatif. Rien n'y est spectaculaire, tout y est intériorisé. Il travaille la tempera et l'huile sur papier, le fusain, parfois la céramique, avec la même patience d'artisan et le même souci de la matière. Le grain du papier, la brume des lointains, la lumière qui affleure : chez lui, la technique ne s'exhibe jamais, elle se met au service d'une émotion sourde et durable.

Trois grands territoires se répondent dans son travail. Le paysage d'abord — ses ciels immenses au-dessus d'une mince ligne de terre, ses collines assoupies dans la brume, ses tempera verticales qui évoquent autant le paysage à l'encre de l'Extrême-Orient que les fonds de la Renaissance. La figure et l'objet ensuite — un jardinier debout dans les champs au fil des sept jours de la semaine, des chaises solitaires posées dans le silence d'un intérieur, présences humaines dites par l'absence. Le sacré enfin — deux chemins de croix en céramique pour les églises de Colombes et de Malakoff, et ces Stations du Christ où la Passion n'est plus figurée mais suggérée par des formes blanches qui ploient et se relèvent sur des landes crépusculaires.

Un même fil traverse tout : l'arbre, la lumière, et une gravité tranquille tournée vers le mystère. En 2019, le Centre d'art contemporain de Châteauvert l'invitait dans l'exposition « Arbres, l'intime échange », aux côtés de Joseph Beuys et d'Alexandre Hollan. On y montrait sa Danse macabre, ces grands dessins où les arbres noueux semblent danser.

Le critique Michel Gathier y voyait un peintre qui « figure l'arbre au travers de l'imaginaire, dans son rapport au mysticisme et à la mort », une peinture où « la couleur est somptueuse dans sa brume et la matière végétale s'évapore dans une auréole lumineuse ».

C'est peut-être la meilleure définition de son art : une peinture de la brume et de la lumière, patiente et recueillie, qui donne à voir non pas la Provence des cartes postales, mais celle, plus secrète, du temps qui passe et de ce qui demeure.